Il faut que j'arrête de travailler trop
Roman-photo d'un printemps-chaos.
Dans mon roman-photo précédent, je vous racontais que j’avais passé mon mois de mars à fêter mon anniversaire et terminer la première version de mon recueil de nouvelles. Je me suis accordée ce mois pour travailler moins, être plus spontanée socialement, me concentrer sur ce que j’aime.
Le problème… c’est que j’y ai pris goût.
Mais est-ce vraiment un problème ?
Comme toute enfant qui est l’aînée de sa fratrie, qui a sauté une classe, qui entendait “Pourquoi tu n’as pas eu 20 ?” quand elle ramenait un 19 à la maison, qui a enchaîné classe préparatoire, master mention Très Bien et agrégation (rien que ça), je suis, comme vous pouvez vous en douter, sujette à l’hyperperformance. Et ce printemps, alors que je termine une première année de thèse pendant laquelle je ne me suis pas arrêtée une seconde, je me suis dit qu’il était peut-être temps d’en sortir.
Dimanche 30 mars, 17h01. Je profite de mon dimanche, jour sacré de la semaine pendant lequel je refuse obstinément de travailler, pour aller courir et nager. Cette semaine, j’ai enfin donné mon dernier cours, et je sais que je demanderai à ne pas faire cours l’année prochaine afin de me concentrer sur mon travail de recherche – l’aspect de la thèse qui me passionne vraiment.
Vendredi 4 avril, 11h53. Je retrouve une amie dans un de mes brunchs préférés de la ville et je lui raconte une chose incroyable qui m’est arrivée quelques jours auparavant (c’est classé secret défense, mais sachez que c’est très très cool). L’après-midi, je dois retourner à la fac pour une formation… car oui, quand vous faites une thèse en contrat doctoral, vous devez valider 100 heures de formation en trois ans. Devinez qui les a validées en un an à cause de son hyperperformance et n’a donc pas pris le temps de respirer et est maintenant exténuée ? 🤡
Samedi 5 avril, 15h18. Comme toute main character qui se respecte, j’ai une fontaine préférée dans ma ville au bord de laquelle j’ai pour coutume de m’installer pour écrire ou lire au soleil. J’ai commencé Nono de Rachilde, que j’ai aimé pour ses quelques aspects horrifiques mais que j’ai trouvé en grande partie assez conventionnel.
Mardi 8 avril, 14h20. La fatigue se fait ressentir mais j’accepte de m’engager pour donner une conférence début mai, que je dois maintenant préparer1. Je retrouve l’amie avec laquelle je fais la plupart de mes study dates et on passe l’après-midi entière à travailler sur nos thèses respectives.
Samedi 12 avril, 20h09. Je passe la plupart de mes week-ends hors de chez moi à dérégler mon rythme de sommeil et trouver la vie belle.
Dimanche 20 avril, 20h29. En plein week-end de Pâques, je m’isole dans ma chambre loin du bruit et de la fureur. Je regarde un court-métrage de David Cronenberg2 qui m’inspire un poème. Je décide alors de publier ce poème sur Instagram afin de laisser mon écriture sortir de mon écran d’ordinateur ou des pages de mon carnet.
Lundi 21 avril, 12h03. J’ai commencé à lire Le Soleil des morts de Camille Mauclair que je vais abandonner quelques jours plus tard, pas parce que je ne l’aime pas, mais parce que la fatigue et l’épuisement prendront le dessus.
Mardi 29 avril, 12h29. Ma quête du meilleur cinnamon roll de la ville continue (ce n’était pas celui-là). Puis vous connaissez la chanson : l’après-midi, j’ai une formation.
Heureusement mes amies existent, et on se retrouve le soir même pour une soirée filles qui se terminera, comme toute bonne soirée filles, par une lecture de cartes de tarot.
Dimanche 4 mai, 23h07. Je commence à comprendre que je dois revoir ma manière de travailler. Je m’accorde des lectures hors-thèse, dont La Fille verticale de Félicia Viti, roman sur une relation lesbienne qui s’avèrera violente.
Cette lettre approche de la longueur limite des mails. Pour y accéder en entier, vous pouvez la lire en ligne.
Mardi 6 mai, 15h43. Je retrouve une des amies à qui j’avais donné mon recueil à lire. Elle me le rend annoté, et on discute de la place que devrait y occuper ou non l’histoire “La Nuit des fées”. Je décide de l’enlever du recueil et je vous la fait lire (dans ma lettre précédente).
On se rend ensemble à quelques expos du PAC (Printemps de l’Art Contemporain) et je tombe sur cette sculpture qui évoque parfaitement une des nouvelles de mon recueil, la plus longue et la plus construite. J’espère pouvoir vous la faire lire un jour.
Jeudi 8 mai, 9h25. Le soleil est enfin assez chaud pour aller bronzer sur la plage. Le soir, je vais au cinéma voir The Shrouds de David Cronenberg. Ma conférence approche.
Dimanche 11 mai, 16h36. Après avoir travaillé sur ma conférence tout le week-end (aïe aïe aïe), je me rends à un concert d’orgue et de saxophone dans une chapelle de la ville.
Mercredi 14 mai, 9h58. Avant que la journée de conférences ne commence, je continue de lire Mademoiselle de Maupin de Théophile Gautier, qui malgré ses longueurs est empli de passages merveilleux.
Lundi 19 mai, 15h12. Pendant une promenade dans la forêt avec ma petite sœur germe l’idée d’une histoire que je commence à écrire dès notre retour. Je lui parle de mon envie de partager un peu plus mon processus d’écriture, et je commence des petites vidéos dans lesquelles je parle de ce que j’écris au quotidien. Je les poste un peu partout : Instagram, Youtube, TikTok – quand l’envie me prend, pour ne pas me surcharger, parce que je commence à comprendre que j’ai un peu trop tendance à le faire.
Mardi 20 mai, 16h05. À Genève avec ma sœur, je vois ce cygne, son nid improvisé au bord du lac Léman, et les barrières destinées à le protéger. La beauté du monde, parfois, c’est simplement une image comme ça.
Jeudi 29 mai, 21h31. Entre la rédaction de deux articles universitaires, sortie improvisée au restaurant avec mes amies. On se rend dans mon restaurant préféré et le serveur nous offre trois thés à la menthe. On s’organise un voyage d’une semaine cet été, pour aller chez notre amie qui habite en Corse.
Vendredi 30 mai, 18h07. Après avoir passé mon après-midi sur un article, je vais au cinéma avec une amie pour voir le dernier film de Wes Anderson. On a détesté, parce que c’est un peu toujours pareil et que l’histoire n’est vraiment pas enivrante. Le cinéma de Wes Anderson a définitivement perdu son charme.
Et puis…
Mardi 10 juin, 10h40. Avec une amie, on s’était prévu quelques jours de retraite d’écriture au bord de la mer pour s’occuper chacune de nos projets d’écriture en cours – moi, de la deuxième version de mon recueil de nouvelles, elle, d’un projet poétique. Et puis… rien. On est allées à la plage, on a lu (j’ai absolument adoré Mordre au travers, un recueil de nouvelles qui m’a réconciliée avec Virginie Despentes), on a regardé une télé-réalité sur des influenceuses mormones, et on s’est reposées.
Je venais de m’acheter un appareil photo numérique avec lequel je prends à présent toutes mes photos : celle-là est la dernière que j’ai prise avec mon téléphone. Je recommence à filmer des petits bouts de vie et j’en fais des vidéos toutes simples et tant pis si elles sont courtes. Ça ressemble à ça :
J’avais un dernier projet d’article que je souhaitais terminer fin juin pour prendre mes vacances dès le 1er juillet, mais aujourd'hui (mardi 24 juin) je me dis qu’il est peut-être temps de me laisser respirer, et que ce n’est pas un article en moins qui fera reculer ma thèse (au contraire). Donc je vais enfin faire ce que l’on me rabâche depuis déjà plusieurs semaines : je vais me laisser vivre.3
Ma nouvelle obsession culturelle, cf. ma vidéo Éros et Thanatos : Le cinéma d’horreur de David Cronenberg.
Vous avez peut-être remarqué que je suis devenue plus laxiste sur mon rythme de publication : ceci explique cela.
























Prends soin de toi Ève (et repose-toi surtout)
J’aime tellement ton roman photo 🫶🏻