[ÈBE .0] Quand l'écriture se fait rare
Il y a quelques jours je me plaignais à L de ne pas écrire davantage et elle m’a demandé pourquoi.
Il y a quelques jours je me plaignais à L de ne pas écrire davantage et elle m’a demandé pourquoi. Je lui ai répondu que commencer d’écrire me demandait un effort surhumain. Interrompre le temps pour déposer mes entrailles sur la table. Ne pas savoir quand ou comment cela s’arrêtera, si j’en ressortirais vivante.
Il y a quelques jours j’ai lu la dernière lettre de Sophie Gliocas sur son manuscrit en cours. Elle y écrit qu’à chaque fois qu’elle s’y plongeait elle devait se replonger dans les profondeurs du texte et dans ses profondeurs à elle. C’est d’une intensité folle. J’ai lu cette lettre et j’ai compris que c’est ce qui ralentissait mon écriture, sa viscéralité trop forte, l’incapacité que j’ai à m’en dépêtrer.
Il y a un ou deux ans ou peut-être plus j’ai commencé un recueil de nouvelles. J’y ai mis tout ce que j’avais dans mon corps et à présent qu’il est terminé je ne peux me résoudre à le corriger. Je n’ai pas le courage de me replonger dans cette matière noire, un peu comme du pétrole, un liquide vaseux qui vous colle aux doigts et dont l’odeur ne vous quitte plus jamais. Une espèce de truc visqueux duquel il est presque impossible de se dépêtrer. J’y ai mis toute ma difficulté d’exister.
Il est 4 heures du matin quand je vous écris ça. L dort à côté de moi. Les fenêtres sont ouvertes. Le ciel est gris terne, l’air est frais, je me suis éveillée à 3 heures et demie et ne peux plus me rendormir. Alors j’ai pensé au fait qu’L me conseillerait sûrement d’écrire, c’est ce qu’elle fait à chaque fois que quelque chose me tracasse, ou même tout simplement quand elle remarque que je n’ai pas sorti mon carnet depuis plusieurs jours. J’écris ça dans mon téléphone mais vous avez compris l’idée.
J’ai quelques projets d’écriture en dehors du recueil, des projets pas encore amorcés parce que j’essaie de n’écrire qu’un texte à la fois. Peut-être que je ne devrais pas. Je ne peux écrire que de l’horreur, une horreur très stylisée, avec mes phrases à rallonge et mes sonorités trop travaillées, une écriture du trop, qui me demande trop, mais il n’y a que comme ça que j’écris. Il y a un roman en deux tomes sur une histoire absolument déchirante, celle que j’imaginais petite en fixant le plafond de ma chambre avant de m’endormir. Forcée de me confronter au fait que n’ayant que quelques années de vie derrière moi j’avais déjà des scènes de torture dans la tête. Et puis il y a cette nouvelle commencée en juin, « Dans la forêt », à laquelle je pense trop souvent pour qu’elle ne soit qu’une nouvelle. J’aimerais en faire un vrai roman d’horreur mais pas que, parce que je ne peux me résoudre à écrire des intrigues. Tout est toujours dans le choix des mots.
Si L était réveillée elle me dirait que j’anticipe trop et que je ferais mieux de simplement me mettre à écrire. Je sais qu’elle a raison. Il y a tout un art du lâcher-prise qui m’échappe encore complètement.




Chère Eve,
Je suis très touchée d'être citée dans ta lettre. Lettre qui a plus d'un mois et que je rattrape avec plusieurs semaines de retard... mille excuses !
J'espère que depuis tu as retrouvé une forme de facilité à écrire.
Tu as déjà conscience de ce qui te prend tant d'énergie et c'est un excellent moyen d'avancer.
Courage (you can do it)
Sophie